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Tradition Mère et Tradition Eonienne: Pythagore , chapitre II - L'Examen de conscience

Dernière mise à jour : 24 mars 2022

Pourquoi l’Ordre du Lys et de l’Aigle se réclame de la

Tradition Pythagoricienne ?


CHAPITRE DEUXIEME

L'examen de conscience quotidien


L’examen de conscience est un exercice spirituel, souvent religieux, très présent dans la tradition chrétienne mais qui trouve ses racines dans la Grèce antique et particulièrement dans le pythagorisme. Pourquoi, malgré tout, commencer notre étude par une pratique qui ne semble pas être la plus emblématique du courant pythagoricien ? Ce courant, on l’associe souvent aux sciences mathématiques, à la notion d’harmonie ou encore à la musique des sphères mais moins à cette idée de chaque jour, rentrer en soi-même pour s’auto-analyser et corriger ce qui doit l’être. Pourtant, c’est bien un choix délibéré de notre part de démarrer notre étude par cet examen de conscience un peu inattendu :

  • D’abord, parce que cet exercice, nous l’utilisons au sein de l’Ordre du Lys et de l’Aigle et il fait écho à notre propre fonctionnement.


  • Ensuite, parce qu’il symbolise à lui seul une initiation éminemment active où les Enseignements théoriques ne sont pas une fin en soi mais une succession de clefs et de repères pour une mise en application concrète dans la vie quotidienne.


  • Enfin, parce que cette pratique renferme en son sein l’idée et l’espoir que l’adepte, guidé par les Enseignements reçus, peut évoluer positivement, et finalement s’améliorer par l’effort de sa propre volonté. Et c’est là tout l’enjeu de l’initiation dite évolutionniste pratiquée au sein de l’Ordre du Lys et de l’Aigle : permettre à chaque initié de progresser dans la connaissance et la maîtrise de soi, et ce faisant, rejaillir positivement sur les gens qu’il côtoie, par l’exemple de sa vie.


L’examen de conscience quotidien sous-entend donc que chaque homme et chaque femme peuvent s’améliorer et que cela constitue même un but important de leur vie. Ils peuvent être guidés en cela par les clefs qui sont données tout au long du parcours initiatique ; ils peuvent être aidés également par l’échange avec les autres adeptes marchant dans la même voie (et c’est là tout l’intérêt de travailler en groupe, en communauté) mais au final ils restent seuls avec eu-mêmes et doivent y arriver par l’effort de leur propre volonté. Ce message de progrès possible et atteignable est déjà, en soi, un pari optimiste sur la condition humaine. Combien de fois avons-nous tous entendu dire : « je suis comme ça, il faut me prendre comme je suis ! », « On ne peut pas vraiment se changer », « chassez le naturel, il revient au galop » …


Mais enfin, que voyons-nous autour de nous si ce n’est une nature en perpétuelle évolution et en constante adaptation par rapport à son environnement ? Les Sciences de la Vie et de la Terre tout comme l’Histoire de l’humanité montrent bien comment les espèces vivantes se sont transformées au fil des âges et continuent de s’adapter à leur environnement. Elles enseignent aussi comment l’Homme a peu à peu raffiné ses mœurs et fait évoluer ses modes de pensée. La vie est mouvement et on peut imaginer que sur le très long terme, elle tend vers plus d’unité et de perfection. C’est en tout cas le fondement de l’Initiation Evolutionniste, qui demande aux adeptes de cette voie de s’engager dans une transformation par le haut. Il ne s’agit pas de se trahir ni de changer sa propre identité, mais tout simplement d’apprendre à se connaître, d’agir en pleine conscience en vue de s’améliorer, de bonifier ses qualités et de contrôler un peu plus ses travers.


Le Père Pierre Teilhard de Chardin(1) explique dans son discours Sur le bonheur d’une part qu’ « Historiquement, la Vie est une montée de Conscience » et d’autre part qu’il y a trois attitudes différentes face à elle, et donc trois types d’individus.


La première catégorie, les fatigués (ou les pessimistes), pour qui il s’agit, le plus habilement possible, de quitter le jeu, de se laisser aller, d’éviter tout risque, de rester tranquille, de ne pas faire d’efforts, de se recroqueviller sur soi selon la célèbre devise « pour vivre heureux vivons cachés ». C’est ce que le Père appelle le bonheur de tranquillité.


La deuxième catégorie de gens qu’il évoque, ce sont les bons vivants, les jouisseurs. Le bonheur se résume ici à profiter égoïstement de chaque instant présent, à jouir au maximum des plaisirs de la vie, jalousement, avidement, sans en perdre la moindre miette. Teilhard de Chardin(1) l’appelle le bonheur de plaisir. Et il poursuit que pour ces gens : « Le but de la vie n’est pas d’agir et de créer, mais de profiter. Donc, moindre effort encore, ou juste l’effort nécessaire pour changer de coupe et de liqueur. S’étaler le plus possible, comme la feuille aux rayons du soleil, varier à chaque instant sa position pour mieux sentir : voilà la recette du bonheur ».


La troisième et dernière catégorie d’individus dont parle le Père, ce sont les ardents, ceux qui ont foi en l’avenir et en leur potentiel, ceux pour qui la vie est « une ascension et une découverte », ceux pour qui il est important de « devenir plus ». Theilhard de Chardin l’évoque sous le nom de bonheur de croissance ou bonheur de développement. Et il explique que « nul changement ne béatifie, à moins qu’il ne s’opère en montant. L’homme heureux est donc celui qui, sans chercher directement le bonheur, trouve inévitablement la joie, par surcroît, dans l’acte de parvenir à la plénitude et au bout de lui-même, en avant ».


Un parallèle évident se dessine entre cette troisième catégorie de gens d’un côté (les ardents), et l’initié de l’autre, qui ambitionne plus de Sagesse et d’Amour, et qui marche vers plus de perfection et de conscience. Confiant, serein, il croit en son potentiel de changement et il s’engage pleinement dans un travail sur soi. L’examen de conscience est pour lui un outil sur lequel il s’appuie quotidiennement dans son projet de développement. Et cette méthode fonctionne ! Elle demande de la régularité, de l’assiduité, mais elle réussit à tous les coups à condition d’être menée avec sincérité.


Nous croyons ne pas trop nous tromper en voyant dans la roue de Deming(2) une transposition profane de notre examen de conscience, appliqué au monde des organisations et des entreprises. Il est un fait que les vérités initiatiques s’infusent peu à peu dans la société, se répandent, parfois se transforment, souvent s’adaptent aux époques et aux mœurs, mais toujours trouvent une utilité concrète. Ainsi nous voyons dans l’efficacité de notre examen de conscience une raison de sa possible transposition, certainement inconsciente, dans le monde de l’entreprise où la nécessité du résultat prévaut sur toute autre préoccupation. Au cours du 20ème siècle, des systèmes de management par la qualité se sont répandus dans les organisations et les entreprises, afin de maîtriser les processus, la qualité des services rendus ou des produits fabriqués. Un procédé bien connu des systèmes qualité est illustré par la méthode PDCA (Plan – Do – Check – Act ou en français : Planifier – Développer – Contrôler – Ajuster) que l’on traduit graphiquement par la roue de Deming.


Cette méthode vise l’amélioration continue des organisations en quatre étapes :

  1. Plan : Préparer, Planifier ce que l’on veut réaliser. Établir les objectifs, définir les tâches à exécuter.

  2. Do : Développer, réaliser, mettre en œuvre les tâches prévues.

  3. Check : Contrôler, vérifier les résultats. Mesurer et comparer avec les prévisions.

  4. Act : Agir, corriger, prendre les décisions qui s’imposent.



Notre propos n’est pas d’aller plus loin dans l’explication de la méthode PDCA, mais juste d’imaginer ce parallèle possible avec les quatre étapes de notre examen de conscience quotidien :


1. Visualiser, concevoir mentalement une projection de ce que l’on veut améliorer en nous. Cette phase, première étape de notre exercice, constitue le socle, l’élément essentiel de notre démarche. Que dois-je améliorer en moi ? Quel sens, quelle direction est-ce que je veux donner à ma vie ? Quand je m’imagine meilleur, quels changements vois-je s’opérer en moi ? Je m’imagine plus honnête, plus courageux, plus aimant, moins tyrannique, moins égoïste… Evidemment, il ne s’agit pas de courir tous les lièvres à la fois, mais de se concentrer sur des objectifs intermédiaires, des petits pas, des cibles atteignables, car trop d’ambition serait rapidement synonyme de découragement par l’échec. De suite, nous rencontrons une première difficulté, celle de savoir ce qui est bon ou mauvais pour nous et pour les autres. Vaste débat que nous proposons de ne pas ouvrir ici, mais qui demeure une question essentielle à laquelle la Tradition Éonienne apporte beaucoup de réponses. Elle fournit énormément de clefs de compréhension qui aident l’initié à s’orienter. De manière synthétique et pour reprendre ce que disait Démétrius Platon Sémélas, co-fondateur de l’Ordre du Lys et de l’Aigle : « Tout ce qui unit est le Bien ». Cette pensée nous donne déjà un moyen de nous projeter en faisant attention à ne pas créer nous-mêmes la discorde, à ne pas diviser ni séparer les gens par nos propos ou nos actes, mais au contraire à œuvrer pour la paix et pour la réconciliation. C’est un objectif que l’on peut facilement se donner, mettre en application et vérifier. Mais on pourrait choisir des projets plus simples, ou encore plus concrets. Par exemple, un conseil que donnait très souvent le Maître Philippe de Lyon(3) : « ne jamais dire du mal de quelqu’un en son absence ». Essayez, vous verrez que ce n’est pas si facile que cela. Plus prosaïquement, cela pourrait être de supprimer certaines habitudes mécaniques, des tics, des élans d’humeur, tout simplement de sourire davantage, de ne plus réagir sous l’empire de la colère… Tout ce qui concourt à se grandir, à se lancer positivement vers le haut.


2. Vivre notre journée en faisant attention à mettre en œuvre, appliquer les principes projetés la veille au soir. Cela demande une présence à soi importante, pour ne pas oublier dans le cours de la journée les recommandations faites à nous-même.


3. Le soir, notre examen de conscience se déroule en deux étapes bien distinctes : d’une part, passer en revue le fil de la journée écoulée et analyser objectivement les écarts à la cible ; d’autre part, visualiser de nouveau mentalement l’ambition du lendemain, la concevoir très clairement.


4. Ajuster sa pratique jusqu’à atteindre l’objectif durablement, avant de s’en fixer un autre un peu plus ambitieux, et ainsi de suite. C’est un effort sans fin vers plus de perfection, une amélioration continue.


Mais revenons à Pythagore. Jean-François Mattéi(4) nous révèle comment cet examen était pratiqué au sein de la communauté : « La vie des membres était soumise à des règlements minutieux : levé avec l’astre d’Apollon, le pythagoricien se remémorait ses actes de la journée précédente dans leur ordre exact et méditait sur l’emploi de la journée à venir ».



« L’hymne des pythagoriciens au soleil levant », 1869, par Fyodor Bronnikov


La méthode met en évidence un certain nombre d’éléments qu’il nous semble essentiel de développer ici :


  • Chaque jour représente analogiquement, en soi, une petite vie. Nous reviendrons ultérieurement sur l’importance des analogies ou médiétés pour les pythagoriciens, mais nous pouvons déjà souligner ici le rapport évident qui apparaît entre d’un côté la journée (marquée par le matin, le midi, le soir), et de l’autre la vie entière (rythmée par la jeunesse, la maturité et la vieillesse). Ce parallèle entre le jour et l’entièreté de la vie, basé sur le rythme ternaire du commencement, du milieu et de la fin, renvoie au concept de la Triade, cher aux Pythagoriciens. Il y a par exemple une vieille formule orphique que Platon reprend dans Les Lois, à propos de la Divinité qui « tient entre ses mains le commencement, le milieu et la fin » (715 e). Chaque nuit correspond symboliquement à une petite mort et chaque matin à une nouvelle naissance. La journée, elle, représente une vie en miniature. On sait bien qu’il y a des jours « sans » et des jours « avec », que la vie n’est pas linéaire et se charge tantôt de nous porter en haut, tantôt de nous faire redescendre. Mais l’effort quotidiennement répété permet malgré tout à l’initié de s’extérioriser dans une continuité d’action, cohérente. Petit à petit, jour après jour, il finit par tracer un sillon profond qui forme un grand acte cohérent, manifestation sensible et consistante de sa pensée qui se traduit par l’acte global de sa vie.


  • Cet exercice exige une totale objectivité de l’opérant et lui demande de se mettre à nu pour s’analyser et se juger sans artifice ni concession. Cette image de la nudité et du jugement, Simone Weil(5) la relie dans son livre La source grecque, à la mort (et nous avons vu effectivement que la nuit qui nous plonge dans l’inconscience peut être comparée à une petite mort). Elle rajoute : « Platon ne dit pas, mais il implique que pour se rendre juste, ce qui exige la connaissance de soi, il faut devenir dès cette vie nu et mort. L’examen de conscience exige cette rupture de tous les attachements qui constituent nos raisons de vivre ». Et cet exercice faussement anodin de l’examen de conscience oblige ainsi l’initié à se présenter lui-même chaque soir complètement nu, dépouillé de ses attaches matérielles, à l’exercice de sa conscience. Il est évident que la démarche initiatique qui consiste à se débarrasser des attaches matérielles et à mourir à son égo, rejoint ici complètement la pensée de Platon qui dit dans le Phédon (64 a-67 d.) : « Ceux qui s’attachent comme il convient à la recherche de la sagesse ne s’exercent pas à autre chose qu’à mourir et à être morts… La mort n’est pas autre chose que le fait pour l’âme d’être séparée du corps… Si nous voulons connaître quoi ce soit d’une manière pure, nous devons nous séparer du corps et contempler les choses avec l’âme elle-même ». Et Simone Weil poursuit en expliquant que « cette double image de la nudité et de la mort comme symbole du salut spirituel vient des traditions de ces cultes secrets que les anciens nommaient les mystères. » Elle renvoie à beaucoup d’images, souvent identiques, à travers les âges et les traditions : celle de la déesse babylonienne Ishtar qui dans le mythe de sa descente aux Enfers doit franchir sept portes et se dépouiller au fur et à mesure, pour finir complètement nue devant la Reine des Enfers. Ou encore dans la tradition chrétienne où nous pouvons voir un symbole similaire dans le dénuement d’un Saint Jean de la Croix ou d’un Saint François d’Assise.

  • Une autre idée que nous lisons en filigrane à travers cet examen de conscience, est quelque chose d’à la fois évident et très important : le soir, lors de l’examen, nous sommes tour à tour projetés soit dans le passé pour dérouler le fil de la journée écoulée et analyser ce qui s’est passé, soit dans le futur pour préparer la journée qui arrive. Le reste du temps dans la journée, l’initié s’évertue à vivre dans le présent, concentré qu’il est à atteindre ses objectifs. Le fait de vivre pleinement l’instant présent, de ne pas se perdre dans le passé qui n’est plus ou dans le futur qui n’est pas encore, est un principe fondamental de la pensée antique des Grecs. Mais on le retrouve globalement dans toute saine philosophie, par exemple dans les exercices de pleine conscience bouddhiste qui demandent à vivre très profondément chaque instant qui passe, chez Krishnamurti(6) qui exhorte ses auditeurs à un très grand sérieux, c’est-à-dire à une présence totale à toute situation, à une observation soutenue, à une extrême attention en tout lieu et en tout instant, chez Anthony de Mello(7) qui demande, dans son Appel à l’amour, de regarder, d’observer, de remettre en question, d’explorer afin de réveiller son esprit car, comme il le dit : « Comment pourriez-vous prétendre que vous êtes vivant si vous n’êtes même pas conscient de vos propres pensées et réactions ? Une vie inconsciente, dit-on, ne vaut pas la peine d’être vécue. On ne peut même pas l’appeler vie ; c’est une existence mécanique, une existence de robot ; un sommeil, une perte de connaissance, une mort ; et c’est pourtant ce que certaines personnes appellent la vie humaine ! ». On retrouve aussi cette idée chez le poète René Char(8) qui écrit : « Si vous pouvez vous établir dans cet instant, vous découvrirez l’éternité. »


S’établir dans cet instant, vivre intensément chaque moment en pleine conscience, quel défi ! Essayez ce soir, avant de vous coucher, de passer en revue dans votre tête l’intégralité chronologique de votre journée, comme le faisaient les pythagoriciens (« les actes de la journée précédente dans leur ordre exact » nous disait Jean-François Mattéi) : chaque fait, chaque geste, chaque pensée, chaque émotion, chaque enchaînement… Vous rencontrerez forcément beaucoup d’hésitations, de vides, de trous qui témoignent sans aucun doute de moments d’inattentions, d’habitudes mécaniques et donc d’un manque de présence à soi et finalement d’une certaine inconscience et d’oublis ! Et ceci (l’oubli versus la mémoire) est d’une importance capitale pour les Pythagoriciens et plus généralement pour la mentalité de la Grèce antique. Nous y reviendrons très largement dans notre prochain chapitre que nous consacrerons à l’immortalité de l’âme et à la réincarnation.


A suivre…

Olivier Du Roi – Mai 2021


1. Pierre Teilhard de Chardin, né en 1881 à Orcines (France) et mort en 1955 à New York, est un prêtre jésuite français, chercheur, paléontologue, théologien et philosophe.

2. La roue de Deming est une transposition graphique de la méthode de gestion de la qualité du PDCA. Si la paternité de cette méthode revient à Walter A. Shewart, c’est le statisticien William Edwards Deming qui l’a fait connaître aux industriels japonais dans les années 1950.

3. Maître Philippe de Lyon, (1849 – 1905) est un mystique et thaumaturge français.

4. Jean-François Mattéi, (1941-2014), fut professeur de philosophie grecque et de philosophie politique. Il enseigna à l’Université Nice Sophia Antipolis et fut l’un des maîtres d’œuvre de l’Encyclopédie philsophique (PUF).

5. Simone Weil est une philosophe humaniste née à Paris en 1909 et morte à Ashford en 1943.

6.Jiddu Krishnamurti (1895 – 1986) est un penseur indien promouvant une éducation alternative.

7 .Anthony de Mello, né en 1931 à Bombay et mort en 1987 à New York, est un prêtre jésuite indien, guide spirituel et psychothérapeute, connu pour ses ouvrages populaires de spiritualité.

8. René Char (1907-1988) est un poète et résistant français.




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